| Fils d'un des principaux dirigeants carlistes
de Catalogne, Alexandre quittera la péninsule pour poursuivre ses
études à Béziers, son père étant exilé
en France suite à la défaite des partisans du roi Don Carlos. |
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| Sa vocation artistique se manifeste
à Bézier où il suivra les cours des Beaux-arts dès
1873. Peintre, décorateur, dessinateur, poète et graveur, il propagea l'art de l'Ex-libris, qu'il défendit sans cesse allant jusqu'à l'enseigner gratuitement dans son atelier du quartier gothique de Barcelonne. |
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Disciple de Tomas Padro et
Antonio Caba, il parti à Rome en 1874 compléter ses études
des beaux-arts, passant par Paris et Londres. Célèbre aussi comme affichiste il fut très influencé par Mucha. Il obtint la médaille d'or de l'Exposition Universelle de Chicago pour ses créations de mobilier. |
Je ne me permettrai pas de présenter moi même les Ex-libris de mon grand père ; le célèbre peintre catalan Miguel Utrillo (1862 - 1934) le fit superbement dans l'avant propos d'une rétrospective des Ex-libris d'Alexandre de Riquer, publiée en 1903 : " répandre un art nouveau parmi les raffinés, c'est déjà accomplir une oeuvre de quelque valeur ; renouveler parmi ses contemporains le goût pour un art charmant noyé par l'indifférence, c'est un exploit digne de toutes les louanges ; réveiller dans une certaine mesure la culture générale de tout un pays assoupi, c'est mériter la reconnaissance des contemporains éclairés et de ceux arrachés aux griffes doucereuses d'une nonchalance toute fatale.
Ce n'est qu'une toute petite feuille de papier, qu'un Ex-libris, mais combien savoureuse sous ses dehors de gentil dessin aimable et discret, combien d'enseignements ne se cachent-t'il pas dans ses ories plus ou moins héraldiques ou dans les flots des ondoyants rubans faisant montre des plus savantes trouvailles, des plus spirituelles phrases ou même des humoristiques paroles qui décèlent sous des apparences enjouées, tout le sérieux d'une âme de bibliophile, ou d'ami des lettres et des arts! Car l'Ex-libris, est devenu de nos temps, la quintessence, le reflet, l'esprit, la devise, des rayons de livres qui feuilletés ou non, constituent ces dépôts d'âmes parlantes et vivantes que nous connaissons sous le nom de bibliothèques. Aux goûts, habitudes et aspirations du collectionneur, l'on trouvera toujours des livres assortis, qui ravivent ses désirs, éveillent ses élans vers un au-delà hypothétique, et bercent ses illusions, dans la majesté des proses harmonieuses, ou la cadence des vers rythmiques.
Peut-on s'attendre à lire dans un livre porteur d'un ex-libris
dessiné avec les apparences ,d'une gravure sur bois, et à
sujets pleins d'ampleur et de caractère, les charmantes légèretés
si goûtées du grand siècle? Alexandre de Riquer, en mettant en valeur l'Ex-libris espagnol, a fait quelque chose de plus qu'introduire dans son pays cet art de raffiné; l'Ex-libris collectionné aujourd'hui dans tous les pays, est l'avant coureur de la valeur intellectuelle de la contrée de laquelle il procède. Et il suffit de passer en revue les Ex-libris du présent volume, pour remarquer d'emblée, la diversité des goûts cultivés par les bibliophiles espagnols, et le vaste champ d'une culture bien réelle malgré le rôle plutôt effacé que l'Espagne joue dans le monde, en tant que nation progressive. Hélas ! la cause de cette disparité d'aspects, n'est pourtant que très naturelle; aux débuts de la naissance du goût pour cet art si nouveau des Ex-libris, c'était aux gens les plus éclairés du pays de répondre aux tentatives de quelques artistes, parmi lesquels Riquer fut le premier en date,et reste dans ce rang de la première heure, comme importance et qualités de ses Ex-libris. Collectionneur et bibliophile des plus distingués ce furent ses pareils qui placèrent leurs livres, sous la charmante sauvegarde des Ex-libris qui devaient constituer le noyau primordial de cet art, en Espagne. Plus tard, le phénomène de la formation d'une bibliothèque, due à l'existence d'un Ex-libris, sera peut-être fréquent, mais toujours est-il, qu'à l'origine, les choses se passèrent de la façon la plus logique, l'Ex-libris s'introduisant dans les bibliothèques déjà formées y apportant un cachet de gentille oeuvre raffinée, complétant un beau livre, affermissant la volonté du propriétaire, de ne point disperser l'ensemble des volumes réunis pendant les meilleurs temps de la vie, finissant en fin, la toilette artistique des volumes qui prennent désormais un nouvel aspect de chose définitive. Et même dans le cas de dispersion d'une bibliothèque à Ex-libris, celui-ci accorde encore une protection dernière, témoignant de l'origine modeste ou glorieuse du volume chassé des rayons dans lesquels il avait accepté à demeure, la compagnie du petit feuillet de papier adroitement dessiné, finement gravé ou spirituellement commenté par une phrase heureuse. Le beau volume formé par les premiers Ex-libris dessinés par Alexandre de Riquer, démontre l'étroite alliance entre la valeur artistique de l'œuvre et l'intérêt secondaire suggéré par les ornements ; par l'idée dessinée; celle renfermée dans les quelques paroles de l'inscription ; même par les procédés de reproduction, détails de très grande importance, qui doivent éveiller dans l'esprit de celui qui les admire, une image un peu vague, cela va sans dire, et de la bibliothèque, et de son fondateur. Regardez le magnifique Ex-libris de M.Victor Oliva : d'abord, on est charmé par la simplicité du dessin, l'assurance de la gravure à l'eau forte, et la belle ordonnance de la composition, pourtant dépourvue d'ornements. N'éveille-t-il pas la sensation d'un milieu rempli de douce tranquillité, dans lequel l'on peut à son aise s'adonner aux plus patients et longs travaux ? C'est bien dans un cadre semblable que se déroule l'existence de travail et son art, mené par le propriétaire de cet Ex-libris, imprimeur de la revue ibérique d'Ex-libris, en collaboration avec M. Oliva père, comme d'ailleurs pour les soins à apporter au Musée et bibliothèque légués à Villeneuve ( près Barcelone) par feu M.Balaguer. De même, on n'a pas besoin de connaître le bel Ex-libris spécial appartenant à M. Longueras, si l'on a déjà vu l'autre qu'il possède. Dans le premier, Riquer a composé un dessin clairement destiné ou à la bibliothèque d'un musicien, ou à des partitions ; mais dans l'autre, la même idée se dégage clairement , quoique traitée plus poétiquement. L'Ex-libris, qui est un descendant direct du blason, continue souvent à être parlant ; Riquer en a composé plusieurs, en prenant comme sujet la ressemblance du nom, avec des choses connues. Ainsi ceux de Mademoiselle Angélique Prat, (pré, en catalan), de M. Pin y Soler, et encore celui de M. Eugène Ors. Parmi tous, le plus emblématique est certainement celui de M. Roca, dans lequel autour du rocher (en catalan roca) faisant allusion au nom, déferlent les vagues d'une mer en lutte constante, tandis que un ciel couvert de nuages, rappelle l'état de confusion dans lequel se trouve encore, les idées vaillamment soutenues par M.Rocas. Les armes de la Catalogne gravées sur roc, indiquent clairement de quoi il s'agit. Le volume que j'ai l'honneur de présenter au public, rempli trois
buts : Je ne puis m'empêcher de citer comme preuve de ce que je viens d'avancer, le superbe Ex-libris des frères Goncourt, dessiné par Gavarni ; le sujet est tout simplement une main écrivant à la fois et avec deux doigts différents, les initiales des deux fraternels collaborateurs. Dans ce cas, n'est-il pas évident que Gavarni à fait montre d'autant d'esprit que ses deux amis ? Il n'y a pas besoin de s'appesantir à le démontrer. Finalement, si avec le goût pour les Ex-libris, Riquer réussi à faire progresser celui envers les livres, il aura atteint là un but, dont l'Espagne a bien besoin. Si pour avoir un Ex-libris en propre, quelques espagnols deviennent liseurs de livres, Alexandre de Riquer, comme principal propagateur, aura droit à la reconnaissance de ses compatriotes éclairés, et par surcroît, à celle des autres ; lesquels, avec la même indifférence qu'ils attachent à l'aspect du ciel sillonné de nuages, regardent l'envolée de la pensée humaine éclairant les temps." Miguel. UTRILLO |
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